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Sous le signe de la reconnaissance de  l'UNESCO, l'édition 2025 de la grande fête traditionnelle sawa a vu une mobilisation particulière, marquée l'accent culturel apporté par l'organisation internationnale. L'association "Bonésoka O Frensi à incarnée cette nouvelle dimension par le déplacement de son président, Tétè Dallé Ekwè.

 

La prestigieuse fête du Ngondo, fraîchement inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, a connu pour son édition 2025 une ferveur et un retentissement particuliers. Au cœur de cette célébration, les Bonésoka ont brillamment affirmé leur présence, incarnant le lien profond qui unit la diaspora à ses racines ancestrales. 

Ce précieux document, remis lors des cérémonies tenues à Douala, vient sceller la dimension internationale désormais acquise par cette tradition séculaire. Un statut qui ne manquera pas d'émouvoir et de mobiliser l'élite sawa établie dans la diaspora, offrant au Ngondo une visibilité et un rayonnement inédits.

 

Représentant de marque lors de ces moments forts, le président de "Bonésoka O Frensi", Tétè Dalle Ekwè, également haut dignitaire de la confrérie "Mutibé", a porté avec autorité la voix et l'importance de ce patrimoine désormais universel. Une édition 2025 qui célébrait bien plus qu'une tradition : la fierté d'un peuple et la reconnaissance d'une tradition séculaire Sawa partagée désormais avec le monde entier.

 

Le Ngondo, des Eaux du Wouri au Patrimoine de l'Humanité : l'Épopée d'une Tradition Sawa

 

Douala, Cameroun – Chaque premier dimanche de décembre, les berges du fleuve Wouri frémissent d'une attente sacrée. Sous les regards de milliers de personnes, une pirogue traditionnelle s'éloigne, portant un prêtre-plongeur et une calebasse emplie des vœux d'un peuple. C'est le cœur battant du Ngondo, l'assemblée traditionnelle et la fête sacrée des peuples Sawa du Cameroun. En décembre 2024, cette tradition milléinaire a rejoint la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité de l'UNESCO, consacrant sa valeur universelle et lançant un nouveau chapitre pour sa préservation.

Le patriarche Valère Epée de la confrérie Mutibé

 

Le Cœur Spirituel : Le Dialogue Sacré avec les Miengu

 

Au centre du Ngondo réside un rituel d'une profondeur spirituelle rare : la consultation des Miengu (ou Jengu), les esprits bienveillants des eaux, décrits comme des génies aquatiques protecteurs.

La Préparation Secrète : La veille de la cérémonie publique, sur l'île isolée de Jebale, des initiés accomplissent dans le secret le plus absolu des sacrifices et préparent les offrandes. Ils scellent dans un récipient (calebasse ou vase sacré) les doléances, les espoirs et les prières de toute la communauté Sawa.

La Plongée de l'Oracle : Le jour J, au terme d'une procession solennelle en pirogue, un prêtre-plongeur désigné – souvent issu de Jebale – effectue une plongée mystérieuse dans les eaux du Wouri, emportant le récipient. La tradition rapporte que cet élu peut rester immergé un temps surnaturel.

Le Message des Eaux : À son retour, le vase est porté dans une case sacrée où les chefs et les anciens, réunis en conseil secret, décryptent le message des Miengu. Ce message, finalement proclamé publiquement sous forme d'édit (le Dikalo), guide la communauté pour l'année à venir, prônant la paix, la cohésion et commentant souvent l'actualité nationale avec une sagesse ancestrale.

Ce rituel, bien plus qu'un spectacle, est un véritable dialogue avec l'invisible et le cordon ombilical qui relie les vivants à leurs ancêtres et aux forces de la nature.

 

 

Un Parcours Historique Tourmenté : De l'Assemblée Politique au Symbole de Résistance

 

Le Ngondo n'a pas toujours été le grand festival populaire d'aujourd'hui. Son histoire épouse les tumultes de la nation camerounaise.

 

L'épopée du Ngondo est le miroir des luttes et de la renaissance du peuple Sawa. Dans la période précoloniale, cette institution était bien plus qu'une simple assemblée : elle était le pilier juridique et politique qui structurait la société duala, arbitrant les différends et consolidant l'unité des clans autour de Bonanjo et de Douala.

 

La colonisation, initiée en 1884, a métamorphosé sa vocation. Face à la pression allemande puis française, le Ngondo s'est érigé en bastion de la résistance culturelle et politique, incarnant une unité indéfectible. Le martyre du roi Rudolf Duala Manga Bell, exécuté en 1914 pour avoir défendu les droits de son peuple, en a scellé à jamais le statut de symbole de la résistance.

 

Sa relance en 1949 n'est pas un hasard : dans le contexte des aspirations indépendantistes, il renaît comme un acte d'affirmation identitaire, se muant en festival culturel annuel et en parlement traditionnel. Cette nouvelle visibilité lui vaudra la méfiance du pouvoir post-colonial, qui l'interdira pendant près de vingt ans (1972-1991), craignant son influence unificatrice.

 

Depuis 1991, dans un Cameroun réconcilié avec sa diversité, le Ngondo a connu une véritable renaissance. Il a transcendé son rôle initial pour devenir une immense célébration populaire, une vitrine vibrante de la culture Sawa qui attire des milliers de personnes chaque année, tout en préservant sa fonction essentielle de gardien de la tradition et de ciment social.

 

 

L'Impact de la Consécration UNESCO : Une Nouvelle Ère de Défis et d'Opportunités

 

L'inscription de « Le Ngondo, culte des oracles de l’eau et traditions culturelles associées chez les Sawa » à l'UNESCO en décembre 2024 est bien plus qu'un diplôme honorifique. C'est un catalyseur puissant aux impacts multiples :

 

  1. Une Légitimité et une Fierté Renouvelées : La remise du certificat officiel à Douala en juillet 2025 a scellé cette reconnaissance. Pour les chefs Sawa et notamment pour le Canton Bell, dont sont issus les Bonésoka, c'est une confirmation mondiale que leur héritage est un « trésor pour l'humanité ». Cette fierté revitalise l'engagement communautaire.

  2. Un Impératif de Transmission Accru : La reconnaissance mondiale impose une responsabilité : transmettre sans dénaturer. Elle encourage la structuration de l'éducation des jeunes aux savoirs traditionnels, des langues aux rituels secrets, face à l'urbanisation et à la globalisation.

  3. Une Visibilité et un Attrait Touristiques Amplifiés : Le Ngondo attire désormais les regards du monde. Si cela peut dynamiser l'économie locale (artisanat, hôtellerie), le défi majeur est d'éviter la folklorisation et de préserver le caractère sacré et authentique du rituel des Miengu, qui n'est pas un spectacle mais un acte de foi.

  4. Un Modèle pour d'autres Patrimoines Camerounais : Cette réussite sert de feuille de route pour d'autres traditions camerounaises,  dans leur quête de reconnaissance et de sauvegarde.

 

 

L'Avenir : Entre Préservation et Dialogue avec la Modernité

 

Aujourd'hui, le Ngondo se trouve à une croisée des chemins. Il doit réussir le pari de rester un pilier sacré pour la communauté Sawa tout en dialoguant avec le monde moderne. Les enjeux sont de taille : intégrer la jeunesse dans la transmission, gérer l'afflux de curiosité avec sagesse, et trouver des financements durables pour sa perpétuation. Les Bonésoka s'engage à relever ce nouveau challenge en rang serré avec leur souverain Jean-Yves Dieudonné Gaston Eboumbou Douala Manga roi du canton Bell.

 

La force du Ngondo réside dans sa nature même : une tradition qui a déjà survécu à l'interdiction et à l'oubli par sa capacité à incarner l'âme et la résilience d'un peuple. Porté désormais par la reconnaissance universelle, le message des eaux du Wouri continue de murmurer, guidant les peuples Sawa vers un avenir, ancré dans la profondeur de leurs traditions.